Les Objets inanimés Songtext
von Raymond Devos
Les Objets inanimés Songtext
Ne dit-on pas "des objets inanimés"?
Ne dit-on pas "y a des objets non identifiés"?
Donc y a des objets identifiés
Et y a même des gens qui s′identifient aux objets
Je peux vous en parlez savamment
Parce qu'il m′est arrivé une aventure assez cocasse
Figurez vous qu'une nuit, comme ça. je dormais pas, là
J'attendais un coup de fil de l′objet de mes désirs
Qui refusait obstinément de devenir ma chose
Elle s′était entichée d'un autre objet, une armoire à glace
Bref, je ne dormais pas
Et tout d′un coup j'entends des bruits curieux, c′était
C'étaient les pieds de la table qui craquaient
Entre parenthèses, c′est une table qui m'avez été offerte par l'objet de mes désirs
Celle qui refusait obstinément de devenir ma chose
C′est pour vous dire qu′il y a une relation entre la chose et l'objet
Bref, les pieds de cette table craquaient
J′avais beau me dire que c'était le bois qui travaillait
Tout de même, à deux heures du matin
C′est pas une heure pour travailler le bois
Et la question s'est posée à mon esprit, fulgurante
"Objets inanimés, avez-vous donc une âme?"
Ce fameux vers de lamartine que chacun connaît
"Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s′attache à notre âme et la force d'aimer?"
Ce sont des vers de 12 pieds
Je les ai comptés
Et je me suis dit que pour répondre honnêtement à la question
"Objets inanimés, avez-vous donc une âme?"
Le seul moyen était de devenir objet moi-même
Avec le dédoublement, c'est possible
Et c′est ce que j′ai fait, je suis devenu un peigne
Pourquoi un peigne?
Parce que c'est la première chose qui me soit passée par la tète
Oooh, pourquoi pas
Or donc, une nuit, je retirai de ma poitrine une côte
Une côte première
Écoutez, à ceux qui trouveraient ce récit extravagant, je répondrai que
Des côtes retirées, on en a vu d′autres... y a eu des précédents
Mais c'est tout de même à partir de la côte d′Adam que Dieu créa la femme
Eh bien moi, c'est à partir d′une de mes côtes que j'ai créé un peigne
C'est aussi simple que ça
C′est difficile à admettre, je le sais
Évidemment, moi-même... moi-même, à mon réveil, quand je me suis vu
Moi, homme bien en chair, n′est-ce-pas?
À côté de moi, peigne tout en os
Ah, j'ai douté, ah, j′ai douté
Mais j'ai même eu recours à la radioscopie
Je suis allé voir Chancel
Tout de suite, il m′a dit
"Mais il vous manque une côte, Devos"
Parce qu'il est intelligent... il est intelligent
Y m′a dit "vous avez eu un accident?
Je dis "non, Jacques, c'est de naissance"
Bah, sans préciser qu'il s′agissait de celle d′un objet
Alors, en sortant de la radioscopie, je suis allé présenter mes hommages
À celle qui refusait obstinément de devenir ma chose
Elle me reçoit en peignoir
Elle me dit "quel est l'objet de votre visite?"
Je lui dis "je suis venu pour la chose", hah
Alors j′ai rectifié, j'ai dit
"Je suis venu pour vous, cher objet
De qui j′ai attendu toute la nuit un coup de fil qui n'est pas venu"
Elle m′a dit "oui, en ce moment ma ligne est en dérangement"
Enfin bon, elle me dit
"Excusez-moi. je suis toute ébouriffée"
Elle ouvre son sac, elle dit
"Tiens, j'ai perdu mon peigne"
Vous voyez la relation objet-objet, là?
Alors je lui passe le mien, et tandis qu'elle se coiffait
J′ai éprouvé une sensation curieuse
C′est comme si je lui passais la main dans les cheveux
Et elle me dit "il y a chez vous quelque chose qui m'échappe"
Et dans le même temps, le peigne est tombé
J′ai simplement ressenti une vibration dans les dents
Parce que chez le peigne, ce sont toujours les dents qui prennent
Vous voyez la relation homme-objet, là, hein?
Alors j'ai ramassé mon peigne, je l′ai glissé dans son sac et je suis rentré chez moi
Quelle nuit... quelle nuit j'ai passée en temps que peigne au fond de ce sac de femme
Ah, mesdames, l′intérieur de votre sac, quel fouillis
Charmant, au demeurant
Messieurs, messieurs, messieurs, l'intérieur d'un sac de femme
Les parois de satin rose, les petits mouchoirs de dentelle tintés de rouge à lèvres
Le fume-cigarette en or, le cliquetis des clefs, la brosse en soie bleue
Les parfums, les arômes
J′ai vécu au fond de ce sac de femme les heures les plus éblouissantes de mon existence
Bref
Le lendemain, on sonne
C′était l'objet de mes désirs qui me dit
"je viens vous rapporter le peigne que vous avez oublié dans mon sac"
Elle l′ouvre... souvenirs
Je lui dis "mais non, gardez-moi encore près de vous
J'étais, j′étais si bien à l'intérieur de votre sac..."
Elle me dit "que faisiez vous à l′intérieur de mon sac?"
J'ai dit "j'attendais de votre part un coup de peigne qui n′est pas venu"
Elle me dit "vous vous portez bien, vous, en ce moment?"
Je lui dis "oui, je me porte bien", je lui dis "et vous?"
Elle me dit "moi, pas mal, sauf que depuis quelque temps
La nuit, j′ai les pieds qui craquent"
J'ai repensé à la table
Alors j′ai dit "c'est rien, c′est le bois qui travaille"
Qu'est-ce que j′avais dit là? Elle me dit
"Je ne suis pas de bois"
Elle a sorti le peigne de son sac et clac
J'ai simplement ressenti une douleur dans la poitrine
La colère est montée
J'ai saisi la table par les pieds, je l′ai prise à bras-le-corps
Elle m′a dit "oh, ce que c'est bon quand tu me prends"
Vous voyez la relation femme-objet, là?
Juste le temps de reposer la table et de recevoir l′objet de mes désirs
Qui m'est tombée dans les bras, inanimée
Et c′est ainsi qu'elle est devenue ma chose
Mais les choses n′étant que ce qu'elles sont, n'est ce pas?
Depuis que mes désirs n′ont plus d′objet
La nuit, lorsque je sens que le moral va craquer
Je fais tourner la table et j'interroge
"Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s′attache à notre âme et la force d'aimer?
Un coup pour oui, deux coups pour non"
Et la réponse vient d′un seul coup, c'est un "oui" grand et massif
Ne dit-on pas "y a des objets non identifiés"?
Donc y a des objets identifiés
Et y a même des gens qui s′identifient aux objets
Je peux vous en parlez savamment
Parce qu'il m′est arrivé une aventure assez cocasse
Figurez vous qu'une nuit, comme ça. je dormais pas, là
J'attendais un coup de fil de l′objet de mes désirs
Qui refusait obstinément de devenir ma chose
Elle s′était entichée d'un autre objet, une armoire à glace
Bref, je ne dormais pas
Et tout d′un coup j'entends des bruits curieux, c′était
C'étaient les pieds de la table qui craquaient
Entre parenthèses, c′est une table qui m'avez été offerte par l'objet de mes désirs
Celle qui refusait obstinément de devenir ma chose
C′est pour vous dire qu′il y a une relation entre la chose et l'objet
Bref, les pieds de cette table craquaient
J′avais beau me dire que c'était le bois qui travaillait
Tout de même, à deux heures du matin
C′est pas une heure pour travailler le bois
Et la question s'est posée à mon esprit, fulgurante
"Objets inanimés, avez-vous donc une âme?"
Ce fameux vers de lamartine que chacun connaît
"Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s′attache à notre âme et la force d'aimer?"
Ce sont des vers de 12 pieds
Je les ai comptés
Et je me suis dit que pour répondre honnêtement à la question
"Objets inanimés, avez-vous donc une âme?"
Le seul moyen était de devenir objet moi-même
Avec le dédoublement, c'est possible
Et c′est ce que j′ai fait, je suis devenu un peigne
Pourquoi un peigne?
Parce que c'est la première chose qui me soit passée par la tète
Oooh, pourquoi pas
Or donc, une nuit, je retirai de ma poitrine une côte
Une côte première
Écoutez, à ceux qui trouveraient ce récit extravagant, je répondrai que
Des côtes retirées, on en a vu d′autres... y a eu des précédents
Mais c'est tout de même à partir de la côte d′Adam que Dieu créa la femme
Eh bien moi, c'est à partir d′une de mes côtes que j'ai créé un peigne
C'est aussi simple que ça
C′est difficile à admettre, je le sais
Évidemment, moi-même... moi-même, à mon réveil, quand je me suis vu
Moi, homme bien en chair, n′est-ce-pas?
À côté de moi, peigne tout en os
Ah, j'ai douté, ah, j′ai douté
Mais j'ai même eu recours à la radioscopie
Je suis allé voir Chancel
Tout de suite, il m′a dit
"Mais il vous manque une côte, Devos"
Parce qu'il est intelligent... il est intelligent
Y m′a dit "vous avez eu un accident?
Je dis "non, Jacques, c'est de naissance"
Bah, sans préciser qu'il s′agissait de celle d′un objet
Alors, en sortant de la radioscopie, je suis allé présenter mes hommages
À celle qui refusait obstinément de devenir ma chose
Elle me reçoit en peignoir
Elle me dit "quel est l'objet de votre visite?"
Je lui dis "je suis venu pour la chose", hah
Alors j′ai rectifié, j'ai dit
"Je suis venu pour vous, cher objet
De qui j′ai attendu toute la nuit un coup de fil qui n'est pas venu"
Elle m′a dit "oui, en ce moment ma ligne est en dérangement"
Enfin bon, elle me dit
"Excusez-moi. je suis toute ébouriffée"
Elle ouvre son sac, elle dit
"Tiens, j'ai perdu mon peigne"
Vous voyez la relation objet-objet, là?
Alors je lui passe le mien, et tandis qu'elle se coiffait
J′ai éprouvé une sensation curieuse
C′est comme si je lui passais la main dans les cheveux
Et elle me dit "il y a chez vous quelque chose qui m'échappe"
Et dans le même temps, le peigne est tombé
J′ai simplement ressenti une vibration dans les dents
Parce que chez le peigne, ce sont toujours les dents qui prennent
Vous voyez la relation homme-objet, là, hein?
Alors j'ai ramassé mon peigne, je l′ai glissé dans son sac et je suis rentré chez moi
Quelle nuit... quelle nuit j'ai passée en temps que peigne au fond de ce sac de femme
Ah, mesdames, l′intérieur de votre sac, quel fouillis
Charmant, au demeurant
Messieurs, messieurs, messieurs, l'intérieur d'un sac de femme
Les parois de satin rose, les petits mouchoirs de dentelle tintés de rouge à lèvres
Le fume-cigarette en or, le cliquetis des clefs, la brosse en soie bleue
Les parfums, les arômes
J′ai vécu au fond de ce sac de femme les heures les plus éblouissantes de mon existence
Bref
Le lendemain, on sonne
C′était l'objet de mes désirs qui me dit
"je viens vous rapporter le peigne que vous avez oublié dans mon sac"
Elle l′ouvre... souvenirs
Je lui dis "mais non, gardez-moi encore près de vous
J'étais, j′étais si bien à l'intérieur de votre sac..."
Elle me dit "que faisiez vous à l′intérieur de mon sac?"
J'ai dit "j'attendais de votre part un coup de peigne qui n′est pas venu"
Elle me dit "vous vous portez bien, vous, en ce moment?"
Je lui dis "oui, je me porte bien", je lui dis "et vous?"
Elle me dit "moi, pas mal, sauf que depuis quelque temps
La nuit, j′ai les pieds qui craquent"
J'ai repensé à la table
Alors j′ai dit "c'est rien, c′est le bois qui travaille"
Qu'est-ce que j′avais dit là? Elle me dit
"Je ne suis pas de bois"
Elle a sorti le peigne de son sac et clac
J'ai simplement ressenti une douleur dans la poitrine
La colère est montée
J'ai saisi la table par les pieds, je l′ai prise à bras-le-corps
Elle m′a dit "oh, ce que c'est bon quand tu me prends"
Vous voyez la relation femme-objet, là?
Juste le temps de reposer la table et de recevoir l′objet de mes désirs
Qui m'est tombée dans les bras, inanimée
Et c′est ainsi qu'elle est devenue ma chose
Mais les choses n′étant que ce qu'elles sont, n'est ce pas?
Depuis que mes désirs n′ont plus d′objet
La nuit, lorsque je sens que le moral va craquer
Je fais tourner la table et j'interroge
"Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s′attache à notre âme et la force d'aimer?
Un coup pour oui, deux coups pour non"
Et la réponse vient d′un seul coup, c'est un "oui" grand et massif
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